Histoire du T2T ou le  Tréteau des 2 Tours

 De 1954 à nos jours 


Dans l’ambiance très particulière de l’après Libération le Tréteau des 2 Tours naquit de la rencontre d’un journaliste de « Sud Ouest » et d’un instituteur, le premier enquêtant sur une représentation préparée par le second avec les élèves des Ecoles Normales.

L’un et l’autre se découvrant un intérêt commun pour un certain théâtre conciliant distraction et culture, décidèrent de créer une compagnie, aucune autre association rochelaise n’ayant alors un objectif de cet ordre. Les difficultés commençaient. Le recrutement d’amateurs susceptibles de partager leur point de vue ne fut pas aisé, d’autant qu’il supposait un désintéressement proscrivant tout vedettariat, chacun s’effaçant dans un esprit de groupe. A cet handicap s’ajoutait l’absence d’infrastructures et de moyens ; pas de salle pour répéter, pas de lieu pour préparer costumes et décors, pas de budget. Cependant la troupe fut constituée de jeunes et de moins jeunes de toutes catégories sociales. Un magasin de chaussures, aux heures de fermeture, accueillit les répétitions, le garage d’un retraité servit d’atelier de fabrication pour les décors.

Le choix de la première pièce se fit à l’unanimité, la distribution assurée, les maquettes de décors et de costumes conçues par des membres de l’équipe, tous travaillant à leur réalisation.

Le samedi 30 juin 1956 le Tréteau des 2 Tours joue au profit de l’Association des Familles des Péris en Mer, en plein air pour la première fois sur le port, au pied de la tout de la Chaîne, « Les fourberies de Scapin ». Le texte de Molière est renvoyé par les vieilles pierres  vers le public et le large, car cette troupe entend servir les textes du répertoire faisant écho à des monuments rochelais. Ainsi sont organisées entre les œuvres de Molière, A. Dumas, Racine, Marivaux, et Beaumarchais d’une part, et d’autre part la tour de la Chaîne, la maison Henri II, l’Hôtel Leclerc, celui de la Chambre de Commerce, le Musée d’Art et d’Histoire, des rencontres conçues pour harmoniser le style d’un certain théâtre et celui de sites caractéristiques de notre ville.

Si vers 1970 la génération de la Libération a été remplacée par des jeunes qui ont pris en charge la compagnie pour l’orienter en fonction d’une situation nouvelle, les « anciens » ont suivi, toujours avec intérêt, souvent avec émotion et nostalgie les productions de leurs successeurs. Ils ont souhaité apporter une pierre discrète au monument du cinquantenaire. Se souvenant d’avoir investi en 1959 le Musée D’Orbigny avec la représentation d’un proverbe romantique –On ne badine pas avec l’amour- et d’une exposition-« Le romantisme à La Rochelle », ils ont obtenu qu’il accueille à nouveau, 45 ans après, une  exposition : « Le Tréteau des 2 Tours , artisan de culture populaire. » et une animation qui ne se déroulera pas comme jadis dans les jardins, mais dans une cave trop peu connue, riche de souvenirs lapidaires locaux et évocateurs. Ainsi les membres du Tréteau d’autrefois souhaitent par un clin d’œil soutenir ceux d’aujourd’hui. Comme d’heureux grands-parents, ils constatent que leurs enfants et petits-enfants persévèrent dans la voie qu’ils ont ouverte et saluent leurs succès présents et futurs.

Si la brise de mer souffla un soir de juin sur le Tréteau des 2 Tours et le mena à son cinquantenaire, pourquoi ne la conduirait elle pas , s’il le mérite à son centenaire ?

Francis Chevreau

Co-fondateur du T2T